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Photo d’origine : Delicate Arch, arche de grès rouge qui encadre des montagnes enneigées au loin
Description
Delicate Arch, arche de grès rouge qui encadre des montagnes enneigées au loin
Source
National Park Service · page d’origine
Licence
PD Domaine public
Photo d’origine, non retouchée. L’arrière-plan en est une version stylisée par le site.

L'effet de cadrage

Dire « 90 % de réussite » ou « 10 % d'échec » décrit la même réalité, mais pas la même décision.

Effet≈ 12 min de lectureVérifié en partieContrôle partielLes faits principaux ont été contrôlés par recherche dans des sources citées. Les éléments ci-dessous restent à recontrôler avant de s’y fier.À recontrôler
  • Maladie asiatique : 72 % et 22 % ; « ≈ 150 personnes par groupe » de mémoire
  • McNeil 1982 : tendance seulement, sans pourcentage
Rédaction assistée par IA ; sources citées en bas de page. Une erreur ? Signalez-la via le site clement13.net.
Lecture
FréquenceFréquentPlusieurs fois par projet.
Où le rencontre-t-on
  • Comités
  • Rapports d'avancement
  • Reporting
  • Communication au client
  • Négociation
  • Feedback
  • Décisions de risque
Aide de l’IABonneUn vrai gain, avec des garde-fous. Voir comment ↓
En bref
  • Quoi : le choix change selon la manière dont deux options équivalentes sont présentées (gain ou perte, survie ou mortalité, pourcentage ou nombre).
  • Pourquoi : on évalue les options par rapport à un point de référence, et la formulation fixe ce point de référence. Une perte pèse plus qu'un gain équivalent.
  • Détecter : une décision change quand on reformule la même donnée ; un rapport ne met en avant qu'un seul angle, favorable ou alarmiste.
  • Éviter : reformuler l'information dans l'autre cadre avant de décider, demander les chiffres bruts et le point de référence, présenter les deux angles.
Sur cette page

Définition#

Avatar de Amos TverskyIllustration fictive
Amos TverskyIsraélien16 mars 1937 – 2 juin 1996Haïfa → Stanford (États-Unis)Psychologue cognitif et mathématique
Avatar de Daniel KahnemanIllustration inspirée de la personne
Daniel KahnemanIsraélo-américain5 mars 1934 – 27 mars 2024Tel Aviv → Nunningen (Suisse)Psychologue, prix Nobel d'économie 2002

L'effet de cadrage (framing effect) est le changement de jugement ou de choix provoqué par la présentation d'une information, alors que son contenu est logiquement le même. Il a été mis en évidence par Amos Tversky et Daniel Kahneman (1981) et s'inscrit dans leur théorie des perspectives : les décideurs ne comparent pas des états finaux, mais des gains et des pertes mesurés à partir d'un point de référence.

Il existe plusieurs formes, qu'il vaut mieux distinguer (Levin, Schneider et Gaeth, 1998) : le cadrage du risque (choix entre une option sûre et une option risquée), le cadrage d'attribut (« viande maigre à 75 % » ou « 25 % de matières grasses ») et le cadrage d'objectif (message insistant sur ce qu'on gagne à agir ou sur ce qu'on perd à ne pas agir).

Le mécanisme#

Trois ressorts s'ajoutent :

  • Point de référence : la formulation désigne ce qui est « normal ». « 200 personnes sauvées » prend pour base la catastrophe ; « 400 personnes meurent » prend pour base la situation actuelle.
  • Sensibilité décroissante : entre 0 et 100, un écart de 10 compte plus qu'entre 900 et 1 000. Sur les gains, cela rend prudent ; sur les pertes, cela pousse à prendre un risque pour les éviter.
  • Aversion à la perte : une perte est ressentie plus fortement qu'un gain de même taille (voir l'aversion à la perte). Un cadre « perte » mobilise donc davantage.

Le résultat est un renversement de préférence : prudent dans le cadre « gain », preneur de risque dans le cadre « perte », pour exactement les mêmes options.

Mêmes options,mêmes chiffresCadre « gain »(vies sauvées,succès, économie)Point de référence :le pire→ on protège le gainPréférence pourl'option sûreCadre « perte »(morts, échecs,surcoût)Point de référence :la situation actuelle→ on refuse la pertePréférence pourl'option risquéeParadereformuler dans l'autre cadredemander les chiffres bruts
Les deux options sont identiques dans les deux cadres. Seule la formulation change le point de référence, donc le sentiment de gain ou de perte, donc l'attitude face au risque.Survolez ou touchez un élément pour en lire le détail.
Le problème de la « maladie asiatique » (1981)

On annonce à des participants qu'une maladie inhabituelle, venue d'Asie, devrait tuer 600 personnes, et qu'on doit choisir entre deux programmes. Dans le premier cadre : le programme A sauve 200 personnes ; le programme B donne une chance sur trois de sauver les 600 et deux chances sur trois de n'en sauver aucune. Dans le second cadre : avec le programme C, 400 personnes meurent ; avec le programme D, il y a une chance sur trois que personne ne meure et deux chances sur trois que 600 personnes meurent. Les options sont mathématiquement identiques (A = C, B = D). Pourtant, environ 72 % choisissent A, l'option sûre, quand on parle de vies sauvées, et seulement environ 22 % choisissent C, l'option sûre, quand on parle de morts.

La maladie asiatique (1981)

Voir les données
Cadre « vies sauvées »Cadre « morts »
Cadre « vies sauvées »72-
Cadre « morts »-22
Tversky et Kahneman (1981) : environ 72 % choisissent le programme sûr formulé en « vies sauvées » (A), environ 22 % celui formulé en « morts » (C), alors que les deux programmes sont équivalents. Les deux cadres ont été présentés à des groupes différents (environ 150 personnes chacun).

Où on le rencontre#

En conduite de projet#

  • Rapports d'avancement : « 80 % des fonctionnalités sont livrées » et « il reste 20 % à faire, soit six semaines » parlent de la même chose, mais le premier rassure et le second alerte. Le choix du cadre oriente la décision du comité.
  • Tableaux de bord : un feu « vert, 92 % de disponibilité » ne déclenche pas la même réaction que « 8 % d'indisponibilité, soit plus de deux jours par mois ».
  • Décision go / no-go : « investir encore 200 000 € pour sauver le projet » (gain possible) et « renoncer et perdre les 600 000 € déjà dépensés » (perte certaine) ne conduisent pas au même choix ; le second cadre pousse à continuer et rejoint les coûts irrécupérables.
  • Communication au client : « nous pouvons tenir la date si vous renoncez à ce lot » ou « nous perdons ce lot pour tenir la date » ; le client réagit à la perte.
  • Gestion de risque : « 95 % de chances que la migration réussisse » ou « une chance sur vingt de perdre une journée de données ».

En management#

  • Feedback : « 9 de vos 10 livrables étaient bons » ou « un livrable sur dix a été refusé » ; le même constat peut motiver ou démoraliser.
  • Politique de primes : une prime « versée si l'objectif est atteint » (gain) et une prime « retirée si l'objectif n'est pas atteint » (perte) ont des effets différents, le cadre de perte étant souvent ressenti comme plus menaçant.
  • Annonces de réorganisation : « 90 % des postes sont préservés » et « 10 % des postes sont supprimés » rassurent ou inquiètent des équipes pourtant informées des mêmes chiffres.
  • Entretien de recrutement : un candidat qui « a réussi 70 % de ses projets » est perçu autrement que celui qui « en a raté 30 % ».
En projet BI

Un axe vertical tronqué, une échelle qui change d'un graphique à l'autre ou un pourcentage sans base amplifient ou gomment un écart. Fixez l'origine à zéro pour les barres, affichez la base de calcul et testez le même graphique avec une autre échelle avant de le publier.

Cas célèbres#

Cas célèbre

La « maladie asiatique » de Tversky et Kahneman 1981#

Biais en jeu : cadrage du risque, aversion à la perte.

600personnes menacées dans le scénario
≈ 72 %choisissent l'option sûre en « vies sauvées »
≈ 22 %choisissent l'option sûre en « morts »

Ce qui s'est passé. L'article de Tversky et Kahneman, publié dans Science en 1981, fait de ce scénario le cas d'école du cadrage. Des étudiants sont répartis en deux groupes ; le premier voit les programmes A et B (vies sauvées), le second les programmes C et D (morts). Le résultat est un renversement de préférence : prudence devant les gains, goût du risque devant les pertes. Chaque participant ne voit qu'un seul cadre : c'est la comparaison entre groupes qui révèle l'incohérence, pas la réponse d'un individu.

Ce que cela illustre

Une préférence qui change quand on reformule n'est pas une préférence stable, c'est une réaction à la formulation. Quand une décision sérieuse se joue sur un rapport, demandez-le dans les deux cadres : « combien avons-nous livré ? » et « combien reste-t-il ? ».

Étude de terrain

Chirurgie ou radiothérapie : survie ou mortalité 1982#

Biais en jeu : cadrage d'attribut, y compris chez des experts.

3 groupespatients, radiologues, étudiants en gestion
1982publication dans le New England Journal of Medicine

Ce qui s'est passé. Barbara McNeil, Stephen Pauker, Harold Sox et Amos Tversky (1982) demandent à trois groupes (des patients, des radiologues et des étudiants en gestion) de choisir entre la chirurgie et la radiothérapie pour un cancer du poumon. Les résultats des deux traitements sont décrits soit en taux de survie (« 90 % survivent à l'issue de l'opération »), soit en taux de mortalité (« 10 % meurent »). La chirurgie présente un risque immédiat plus élevé mais une survie à long terme meilleure. Dans le format « mortalité », la radiothérapie est choisie nettement plus souvent que dans le format « survie », et les médecins ne sont pas épargnés : leur expertise ne les met pas à l'abri.

Ce que cela illustre

Les experts subissent le cadrage autant que les profanes quand l'information est présentée sans reformulation. Dans un comité technique, la compétence des participants ne protège pas contre une présentation orientée ; c'est la méthode (présenter les deux cadres) qui protège.

Signaux de détection#

  • Une même donnée est présentée toujours sous le même angle (le pourcentage rassurant, jamais le reste à faire).
  • La décision d'un comité change quand on reformule en gain ou en perte, en pourcentage ou en nombre absolu.
  • Des mots chargés accompagnent les chiffres : « seulement », « déjà », « jusqu'à », « perdre », « sauver ».
  • Le point de référence n'est pas dit : par rapport à quoi parle-t-on de gain ou de perte ?
  • Deux rapports du même état d'avancement donnent des impressions opposées.

Réflexes d'évitement#

  1. Reformuler dans l'autre cadre. Transformez « 90 % de succès » en « 10 % d'échec », « 200 sauvés » en « 400 perdus », et regardez si votre choix change.
  2. Demander les chiffres bruts. Nombre absolu, base, période : un pourcentage sans base ne dit rien.
  3. Nommer le point de référence. « Par rapport à quoi est-ce un gain ou une perte ? » : le plan initial, l'état actuel, la concurrence ?
  4. Présenter les deux angles par convention. Dans un modèle de rapport, imposer systématiquement « réalisé » et « reste à faire », « disponibilité » et « indisponibilité ».
  5. Comparer des états finaux. Raisonnez sur la situation obtenue (tel budget, tel délai, telle qualité) plutôt que sur le gain ou la perte par rapport à un repère.
  6. Séparer présentation et décision. Laissez la décision à quelqu'un qui n'a pas rédigé le rapport, ou faites relire le rapport par quelqu'un qui doit proposer le cadre opposé.
  7. Cadrer honnêtement. Quand c'est vous qui présentez, choisissez le cadre qui représente le mieux la situation, pas celui qui obtient la réponse souhaitée ; un cadrage trompeur détruit la confiance.

Avec l'IA : détecter, remédier, atténuer#

Aide de l'IA estimée : partielle

L'IA est utile pour reformuler instantanément une même information dans plusieurs cadres, et pour repérer des tournures orientées. Mais les modèles de langage sont eux-mêmes sensibles au cadrage : la façon dont vous posez la question oriente la réponse (Echterhoff et coll., 2024). Posez-leur toujours la question dans les deux cadres.

Détecter#

  • Repérer dans un rapport ou un compte rendu les formulations orientées (« seulement », « jusqu'à », « déjà »).
  • Détecter les pourcentages sans base et les points de référence implicites.
  • Comparer deux versions d'un même rapport et dire ce qui est mis en avant et ce qui est tu.

Remédier#

  • Réécrire un message en cadre gain, en cadre perte et en chiffres bruts.
  • Produire la version neutre d'une note d'avancement.
  • Convertir des pourcentages en nombres absolus et en fréquences.

Atténuer#

  • Fournir un modèle de rapport à deux colonnes (fait / reste à faire).
  • Relire un diaporama de comité avant diffusion pour signaler les cadrages unilatéraux.
  • Faire poser par l'IA la même question de décision sous trois formulations, pour tester la stabilité de l'avis.

Prompts à intégrer à vos usages#

1. Reformuler dans les deux cadres. Avant de décider sur la base d'un chiffre ou d'une phrase de rapport.

Voici une information telle qu'elle m'a été présentée : [texte ou chiffre].
Réécris-la de trois façons équivalentes : 1) en cadre « gain » ; 2) en cadre « perte » ; 3) en nombres absolus et en fréquences (« sur 100… »), sans adjectifs.
Précise le point de référence implicite de la version d'origine et ce qu'elle laisse dans l'ombre. N'ajoute aucun chiffre qui ne soit pas dans mon texte.

2. Neutraliser une note d'avancement. Pour relire un rapport destiné à un comité.

Voici une note d'avancement de projet : [texte].
1. Relève les formulations qui orientent le lecteur (mots chargés, pourcentages sans base, angle unique).
2. Propose une version neutre, qui présente à la fois le réalisé et le reste à faire, avec les unités et les dates.
3. Liste les trois questions qu'un lecteur critique devrait poser sur cette note.
Ne modifie aucun chiffre ; si une donnée manque, signale-la.

3. Test de stabilité d'une décision. Quand une décision dépend de la manière dont une option est décrite.

Voici deux options : [A] et [B], décrites ainsi : [description].
Évalue-les trois fois, dans trois présentations différentes (gain, perte, chiffres bruts), sans voir tes réponses précédentes. Dis ensuite si ton avis a changé d'une présentation à l'autre, et ce qui l'explique. Termine par un avis fondé uniquement sur la version en chiffres bruts.

Comment les intégrer#

  • Avant un comité : le prompt 2 relit la note d'avancement ; le prompt 1 est appliqué aux deux chiffres qui comptent le plus.
  • Dans un modèle de rapport : la présentation à deux colonnes est fixée une fois pour toutes, pour que le cadre ne dépende plus de l'auteur.
  • Décision difficile : le prompt 3 sert de contrôle ; si l'avis de l'IA change avec le cadre, c'est que le cadre pèse.

Précautions#

  • Ne présentez pas à l'IA l'option que vous préférez en la qualifiant : vous la cadrez avant qu'elle ne commence.
  • Vérifiez que les reformulations ne changent aucun chiffre ; l'IA peut arrondir ou recalculer de travers.
  • Une version « neutre » produite par l'IA reste une version : relisez-la, car le choix des mots y est encore un choix.
  • N'envoyez pas de rapports confidentiels ou de données personnelles à un outil non autorisé.

Limites#

  • L'effet n'est pas universel : une méta-analyse (Kühberger, 1998) conclut à un effet réel mais d'ampleur modérée et variable selon le type de cadrage et la formulation des problèmes.
  • Une partie de l'effet tient à ce que la formulation transmet de l'information : dire « la moitié des projets réussissent » plutôt que « la moitié échouent » reflète parfois ce que le locuteur pense réellement (cadrage « informatif »).
  • Les chiffres du problème de la maladie asiatique sont des résultats d'une expérience sur des étudiants, non des taux généralisables à tout comité de pilotage.
  • Pour le cas McNeil et coll. (1982), seule la tendance est rapportée ici ; les proportions exactes par groupe sont à lire dans l'article.

Sources et vérification#

Voir aussi#

Se combine avec, ou renforce#

Ces biais se nourrissent l’un l’autre.

Biais voisins#

Des variantes ou des cousins : à ne pas confondre.

Contrepoids et réflexes associés#

Ce qui le neutralise.

  • La reformulation systématique (gain et perte) (notion ou méthode, sans fiche)
  • L'avocat du diable